full screen background image

Drépanocytose : « Les certificats prénuptiaux de complaisance ne favorisent pas la prévention primaire…. », regrette le Dr Hyacinthe Zamané

Du fait de l’ignorance, la drépanocytose, dans certains milieux, est source de discordes familiales, parfois même de divorce.  La femme est accusée de ne pas pouvoir enfanter, ou d’avorter de manière répétée. Le dépistage et un suivi médical approprié permettent  d’éviter bien de  situations dramatiques. Le chef du département Gynécologie-obstétrique du CHU-YO,  le Pr Jean Lankoandé, s’est entouré de jeunes gynécologues spécialisés dans la prise de cette maladie, dont le Dr Zamané Hyacinthe. Afin de cerner les manifestations de cette pathologie  et d’avoir des conseils pratiques y relatifs, nous avons rencontré ce dernier.

Maladie héréditaire, la drépanocytose  est une anomalie  du sang. A la différence de l’électrophorèse « normale » qui est AA, celle  des drépanocytaires est soit de type  SS, SC ou S béta thalassémie. Les sujets AS ne sont pas considérés comme des drépanocytaires. Toutefois, ces sujets AS aussi bien que les conjoints drépanocytaires peuvent transmettre la maladie à leur descendance. Le malade  drépanocytaire  a la particularité d’avoir un organisme fragilisé du fait même de cette maladie. L’anémie, les crises et les infections rythment la vie du drépanocytaire.

zamane 1

Du fait du suivi médical, le Dr Zamané Hyacinthe confie : « j’en connais des drépanocytaires qui ont plus de 75 ans. Leur espérance de vie est quasiment proche de celle des bien-portants».

L’anémie, qui est une  baisse du taux d’hémoglobine dans le  sang, survient fréquemment  chez les drépanocytaires, car  les globules rouges, chargés du transport de l’oxygène dans l’organisme, ne sont plus normaux et sont facilement détruits.  L’organisme du drépanocytaire étant déjà à la peine, celui-ci est exposé à développer des maladies, qui en temps normal peuvent être  banales. Les crises douloureuses et répétitives s’installent et peuvent siéger à différents niveaux du corps, en particulier  au niveau des membres, des articulations, de l’abdomen  et du thorax. Si le drépanocytaire n’est pas médicalement  suivi et n’observe pas les mesures préventives, il s’expose à la longue à des complications chroniques  pouvant  « toucher l’œil, les reins, les os et même le cœur,  etc. », prévient notre praticien.

zmané 2

« Certains pour leur dossier de mariage, viennent vous voir à la dernière minute, en disant que c’est juste pour aller compléter le dossier ».

La drépanocytose n’est pas liée au sexe, les femmes autant que les hommes peuvent être proportionnellement touchés. Au Burkina, l’on ne dispose pas de statistiques sur le mal au niveau national, mais selon «  des études, il ressort que 03 enfants sur  100 naissances, sont drépanocytaires », indique le Dr Zamané.

L’association d’une grossesse à la drépanocytose accroît les risques tant pour la mère que pour le bébé  Ces risques sont nombreux et menacent  « surtout à l’approche de l’accouchement ainsi que pendant les jours et semaines après l’accouchement». Les  maux ci-dessus évoqués, « deviennent non seulement plus fréquents mais encore plus sévères chez la femme enceinte», soutient le gynécologue. Le risque fœtal existe également, car la  femme drépanocytaire étant constamment anémiée, le fœtus peut souffrir de cette situation tant pendant la grossesse qu’au moment de l’accouchement. Et le plus souvent ces enfants à la naissance sont de faible poids. Pour toutes ces raisons,  la prise en charge appropriée exige une approche pluridisciplinaire « en plus du gynécologue, il faut, en fonction des cas, un hématologue, un  cardiologue, un ophtalmologue, un pédiatre (à cause de l’enfant qui va naître)  et un médecin réanimateur,  etc.  », fait savoir le spécialiste.

Toutefois, précise notre consultant, la césarienne n’est pas obligatoire et systématique comme voudrait le faire croire une certaine opinion, « sauf si le tableau clinique  incite à cet effet ». Il faut souligner que la prise en charge est assez coûteuse, surtout  pour les femmes enceintes. Puisqu’en plus  des consultations régulières et  rapprochées,  des examens de bilan sont chaque fois demandés. Ce qui n’est pas toujours  financièrement supportable par certaines patientes pour pouvoir faire face à  « cette pathologie orpheline qui n’est pas objet  de subventions ».

Dans le but  de minimiser les risques pendant la grossesse et au moment de l’accouchement, des séances d’échange transfusionnel sont organisées au profit des femmes enceintes drépanocytaires au  CHU-YO de concert avec le  centre national de transfusion sanguine(CNTS). Cet échange transfusionnel,  consiste à « soustraire une certaine quantité du sang de la drépanocytaire qui n’est pas de bonne qualité,   puis à lui administrer en compensation du sang AA », fait savoir le spécialiste. Cette technique de prévention des complications qui   est encore à ses débuts, n’est pas suffisamment structurée,  dans notre contexte. A la naissance, étant donné que« nous n’avons pas de  moyens pour dépister aussitôt le nouveau-né, cela ne se fera que dans quelques mois »

lankoané jean

Le Pr Titulaire Jean Lankoandé, a contribué à la formation de 04 promotions de gynécologues-obstétriciens made in Burkina

A  une certaine époque, le taux de dépistage n’était pas élevé, le  suivi médical ainsi que l’hygiène de vie des patients eux-mêmes étaient approximatifs. Cela jouait négativement sur leur longévité. Mais aujourd’hui, avec  la prise de conscience et les comportements conséquents qui en résultent, « j’en connais des drépanocytaires qui ont plus de  75 ans. Leur espérance  de vie est quasiment proche de celle des bien-portants», confi-t-il.

Certes, on ne guérit pas du mal, néanmoins  une hygiène de vie avec une alimentation équilibrée, le fait d’éviter les efforts physiques intenses, combiné au reflexe de boire beaucoup d’eau (la déshydratation engendre des crises) sont entre autres des mesures qui peuvent permettre au drépanocytaire de vivre assez normalement.

Le gynécologue regrette que nombre de futurs mariés veuillent coûte que coûte avoir le certificat prénuptial sans avoir à faire un certain nombre d’examens, dont le dépistage de la drépanocytose. Et de sensibiliser : « notre mission n’est pas d’empêcher des unions, mais de conseiller les futurs couples afin qu’ils prennent les  précautions idoines, au cas où ».  Ce qui n‘est pas toujours le cas. Constat : « les gens pour leur dossier de mariage, viennent vous voir à la dernière minute, en disant que   c’est juste pour aller compléter le dossier ». Or, un certificat de complaisance, en cas de problème d’incompatibilité ou autre, revient à dire que « nous, médecins, nous n’avons pas fait  notre travail», se justifie-t-il. Il est alors souhaitable que chaque individu connaisse son statut d’électrophorèse avant même tout projet d’union, ce qui pourrait limiter les risques de naissance d’enfants drépanocytaires, seule mesure de prévention primaire sous nos cieux.

 

Service communication




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *