full screen background image

Service de neurochirurgie du CHU-YO : A l’assaut des pathologies de système nerveux central

Préalablement intégré au service de la réanimation, ce qui était jusqu’en 2002 une  unité va prendre son « autonomie »  pour devenir un service à part entière sous l’impulsion du Pr Abel Kabré. La  Neurochirurgie, spécialité médico-chirurgicale prend en charge les pathologies comme les traumatismes crâniens et rachidiens, les tumeurs du cerveau, les hernies et certaines malformations chez les enfants…

???????????????????????????????

Le chef de service, le Pr Abel kabré, expliquant les mécanismes de survenues des lombalgies

Ce qui « fait courir » l’équipe du Pr Abel Kabré, c’est la prise en charge des urgences liées aux traumatismes crâniens et rachidiens. Du fait du nombre élevé de motocyclettes et de vélos, Ouagadougou est estampillé « la capitale des deux roues ». Aussi, depuis quelques années le parc automobile de la capitale est-il  en constante augmentation. Cependant vu l’étroitesse des voies, et surtout l’incivisme qui prend des proportions inquiétantes se matérialisant par le non-respect du code de la route et le refus du port de casques, il y a beaucoup d’accidents qui se soldent par des trauma-crâniens.

Pour ces cas, le malade tombe dans le coma entre 6 à 72 heures après le traumatisme, eet pour lesquels il convient d’agir rapidement chaque fois qu’il y a un choc qui concerne le crâne avec des lésions apparentes ou non. Argument du spécialiste : « le cerveau est à l’intérieur du crâne. Il ne remplit pas tout le crâne, il y a un petit espace qui reste,  ce qui fait que le cerveau peut être secoué à l’intérieur du crâne. Le cerveau qui est mou peut aller taper l’os du crâne qui n’est pas lisse et puis se blesser sans qu’il n’y ait de lésions apparentes du crâne. A partir du moment où le cerveau se blesse, il peut saigner et/ou se gonfler. Sous l’effet de la poussée du sang, le cerveau va se comprimer dans le crâne ». Dans le jargon médicale, ces cas sont appelés hématomes intra-crâniens. Les hématomes extra duraux constituent le gros des urgences de la neurochirurgie, indique le chef de service. Leur traitement consiste à opérer très rapidement le crâne pour vider le sang et coaguler l’artère qui saigne.  Le spécialiste prévient : « si le malade n’est pas opéré à temps, son pronostic vital est en jeu».

???????????????????????????????

Lors des visites médicales des patients hospitalisés

Après les traumatismes, viennent les tumeurs du cerveau qui, à une certaine époque, n’étaient pas suffisamment détectées pour défaut de moyens de diagnostic. C’est l’acquisition du scanner qui a permis de révéler leur ampleur. Ces tumeurs se développent aux dépends des structures normales du cerveau. Elles n’ont pas de causes précises, mais c’est plutôt une combinaison de plusieurs facteurs qui sont à l’origine de leur survenue. Elles sont très fréquentes et  doivent être opérées , qu’elles soient bénignes ou malignes. Pour ces dernières, la meilleure prise en charge nécessite en plus de l’opération,  l’association d’un traitement secondaire comme la radiothérapie et la chimiothérapie.

Les lombalgies (douleurs lombaires) ont deux principales causes dont la plus fréquente est due à la hernie discale. Pour permettre de cerner le mécanisme de la survenue de la hernie discale au niveau de la colonne vertébrale, le Pr Kabré recourt à une formule imagée. « Entre les vertèbres, il y a le disque. Le disque c’est à peu prês comme une mangue. A l’intérieur d’une mangue, il y a un noyau. Quand la mangue est verte, tout est dur. Mais quand la mangue murit, la chair devient molle. Lorsque la chair est molle et qu’on appuie fort dessus, le noyau traverse la chair, vient au niveau de la peau et l’ouvre. C’est ainsi que nous suçons les mangues. Malheureusement ici, quand le noyau ouvre la peau, ce n’est pas une mangue qui est là mais c’est le nerf. Le noyau va venir pousser le nerf contre l’os et le faire souffrir ». Les douleurs lombaires, à leur début, sont localisées. Sans une prise en charge rapide, les douleurs vont irradier au niveau des membres inférieurs pour aboutir à ce qu’on appelle la sciatalgie (douleur liée à l’atteinte du nerf sciatique).

La seconde cause des lombalgies vient de l’arthrose qui est due à l’âge avancé du sujet. Explications : « Depuis la naissance, les os de la colonne vertébrale se détruisent et se reconstruisent progressivement. Mais avec l’âge, la fonction de reconstruction ne donne plus des os de bonne qualité, qui d’ailleurs, ne seront plus bien alignés ». Cela réduit l’espace laissé aux nerfs. En outre, il arrive que l’os de mauvaise qualité non seulement occasionne des douleurs, mais également coince le nerf. Conséquence : on aboutit à des lombalgies. A noter que les  tumeurs des nerfs ou de la moelle  peuvent également conduire à des lombalgies.

kabre d

Ici entouré des étudiants, le Pr kabré encadre ces derniers, de sorte qu’il y a un continuum entre les théories de l Université et la pratique du terrain

Enfin les malformations chez les tout petits, dont les plus fréquentes sont dues au spina-bifida et à l’hydrocéphale. « Elles peuvent commencer depuis l’embryon, dès le 16e jour de la grossesse, c’est-à-dire avant même d’atteindre le stade de fœtus », précise le Pr Kabré. Dans le cas du spina-bifida, l’enfant naît avec une boule dans le dos, il est déjà paralysé avec des membres complètement déformés. C’est un enfant qui ne contrôle ni ses urines, ni ses selles. Cause : « La colonne est composée de deux principales parties dont une partie antérieure formée par les corps vertébraux et une partie postérieure avec les apophyses épineuses. La malformation est due au fait que la partie postérieure ne s’est pas développée. Il y a donc une absence de l’os en arrière, qui induira une autre malformation, celle de la moelle ».

Plus tard, le spina bifida favorisera le développement de la seconde malformation la plus fréquente qu’est l’hydrocéphale. Normalement, le liquide céphalo-rachidien est fabriqué dans le cerveau où  il circule et est éliminé. Mais chez les enfants hydrocéphales, il y’ a une grande quantité du liquide céphalo-rachidien dans les ventricules à l’intérieur du cerveau avec la particularité suivante : non seulement le liquide n’arrive pas à circuler, mais il s’y entasse. Étant donné que les os, notamment ceux du crâne chez l’enfant ne sont pas encore soudés, plus il y a de l’eau (liquide céphalo-rachidien) , plus la tête grossit pour prendre des proportions démesurées. Il n’est pas rare d’entendre certains les dénommer enfants génies. L’hydrocéphale peut  aussi commencer pendant que l’enfant est toujours dans le ventre de sa maman.

La prise en charge consiste à les opérer pour leur mettre un appareil qui va conduire le liquide du cerveau jusqu’au niveau du ventre où il sera réabsorbé. Si l’intervention a lieu tôt, de tels enfants peuvent se développer normalement. Autrement, ce sont des enfants qui vont rester mentalement retardés en dépit de l’intervention, le cerveau ayant déjà trop souffert.

kabré ok

« Un enfant malformé va naitre, il va détruire la structure de la famille parce qu’il va rester malade toute sa vie et il ne va rien apporter à la famille. Faut-il le laisser naître ? », s’interroge le spécialiste

Ces malformations sont détectables à l’échographie. Cependant regrette le Pr Kabré,  « une étude faite par notre service a montré que les femmes ne font l’échographie que pour des raisons obstétricales ». Il estime que les femmes devraient faire des échographies pour rechercher d’éventuels cas de malformations, mais « généralement quand elles le font c’est  juste pour savoir si elles n’auront pas besoin de faire une césarienne ou pour connaître le sexe de l’enfant ». Quand  les malformations sont détectées tôt et qu’elles sont de formes graves, les médecins dans certains pays préconisent et font une interruption médicale de la grossesse. Mais au Burkina, la loi l’interdit. On ne peut faire une interruption médicale de grossesse que lorsque la vie de la maman est en danger. C’est beaucoup plus un raisonnement social qui s’engage et le praticien de s’interroger avec dépit : « Un enfant malformé va naitre, il va détruire la structure de la famille parce qu’il va rester malade toute sa vie et il ne va rien apporter à la famille. Faut-il le laisser  naître ? » C’est la question à plusieurs équations.

A la lueur des différentes pathologies et surtout du nombre de patients reçus en neurochirurgie, comment s’y organise-t-on pour satisfaire à leurs  besoins ?

Structuration et organisation et du service

Pour une fluidité du travail, le service est organisé en cinq unités. Il y a l’unité  des urgences, celle du bloc opératoire, d’hospitalisation, des soins intensifs, et des soins externes. Cette dernière unité n’est pas suffisamment structurée du fait de  l’insuffisance d’espace.

L’unité des urgences neurochirurgicales s’organise en tandem avec le service des Urgences traumatologiques où les DES (qui sont des médecins en spécialisation) de neurochirurgie prennent les gardes. Tous les matins, s’instaurent des échanges sur les cas reçus aux urgences pour s’assurer que la conduite à tenir a été la meilleure. Cela dans le but de s’accorder sur une éventuelle nécessité de prescrire des examens complémentaires.

Chaque neurochirurgien assure les consultations et les opérations. Les interventions au bloc sont programmées du lundi au jeudi. Le vendredi étant réservé à l’élaboration du programme opératoire ainsi qu’au nettoyage général et à la stérilisation du bloc opératoire. Les interventions neurochirurgicales ont la particularité d’être longues, parfois entre 07 à 08 heures.

Quand ils ne sont pas au bloc, les agents de la Neurochirurgie gèrent les urgences et certains cas spéciaux qui sont hospitalisés. L’unité des soins intensifs (une petite réanimation) reçoit les malades à leur sortie du bloc.

Pour partir en guerre contre les pathologies chirurgicales du système nerveux, le Pr Abel Kabré dispose d’une armée de 3 neurochirurgiens dont lui-même, 2 médecins en spécialisation, de 06 attachés de santé en chirurgie, de 04 autres en Anesthésie kabré jtRéanimation, de 15 infirmiers, de 7 garçons et filles de salle et d’une secrétaire.

Projets du service

Pour plus d’efficacité dans le travail, le chef de service espère un agrandissement de son service pour pouvoir disposer de salles réservées d’urgences, d’une salle de chirurgie « propre » (pour les malades préparés et programmés) et d’une autre pour la chirurgie « sale » (pour tout cas urgent venant, qui doit être opéré aussitôt).  Aussi, le Pr Kabré souhaite mettre en place le diplôme de spécialisation de neurochirurgie afin d’étoffer davantage son équipe. Également le vœu qui est cher au service de la Neurochirurgie, c’est de pouvoir dans un avenir proche, prendre en charge les malformations vasculaires, et ce, après avoir renouvelé son matériel vieillissant.

Pour une solidarité d’action contre les pathologies neurochirurgicales, le Pr Kabré exhorte les populations à éviter de soulever les poids trop lourds pour leur force. Cela évite les petits traumatismes. Aussi recommande-t-il de faire du sport notamment les abdominaux. Du reste, il existe des examens pour vérifier l’existence ou non de certaines pathologies. Le scanner de la colonne vertébrale, ou encore la radiographie standard du crâne. Un diagnostic précoce, assure une prise en charge optimale des pathologies.

Service communication




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *