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Ebola, paludisme, fièvre typhoïde, grippe, dengue : des signes semblables mais distinctifs

L’apparition de la fièvre à virus Ebola dans certains pays Ouest-africains, est source de légitime inquiétude chez nombre de Burkinabè. Afin d’en savoir davantage sur cette maladie qui provoque la panique au moindre saignement chez certaines personnes, nous avons rencontré le Dr  Rigobert THIOMBIANO ; chef de service des Maladies infectieuses du CHU-Yalgado OUEDRAOGO. Dans l’entretien qui suit, le spécialiste nous éclaire sur les mi2manifestations, les modes de transmission et les méthodes de prévention à mettre en place pour lutter contre Ebola

 En termes simples,  Ébola qu’est-ce que c’est ?

Ébola provient du nom d’une rivière «l’Ébola» passant près de la ville de Yambuku, en République Démocratique du Congo.  C’est à l’hôpital de cette localité que fut identifié pour la première fois le virus, lors d’une épidémie qui débuta le 1er septembre 1976.

Tantôt on parle de fièvre à virus Ebola, tantôt épidémie d’Ebola ! que comprendre de ces différentes appellations ?

C‘est l’histoire naturelle d’une maladie, rien de plus, on donne un nom puis on rebaptise en fonction des connaissances nouvelles.

La maladie à Ébola est une maladie qui associe  fièvre et manifestations hémorragiques d’où le nom de fièvre hémorragique. Il s’agit d’une maladie infectieuse aiguë, d’une contagiosité extrême et très mortelle. Selon l’OMS considère, en terme de santé publique que c’est une menace pour les humains et donc un seul cas constitue une épidémie. En effet un seul cas notifié exige des mesures de riposte immédiates et appropriées pour enrayer le mal.

EN Afrique, stricto sensus, quand on parle de fièvres hémorragiques virales africaines, on sous-entend la FH- (Fièvre à Virus)  à virus Lassa (du nom d’une ville du nord du Nigeria), de la FH à virus Marburg (du nom d’une ville d’Allemagne où ce virus avait été isolé chez des travailleurs de laboratoire manipulant les organes de singes verts importés d’Ouganda) et la FH à virus Ebola. Leur dominateur commun c’est d’être très contagieuses, hémorragiques et extrêmement mortelles. Des trois maladies, celle à virus Ebola,  rebaptisée «Maladie à Ébola»  est la plus meurtrière (taux de létalité variant de 50 à 90%).

– Quelles sont les particularités de ce virus  par rapport à d’autres microbes ?

  • Par rapport aux autres microbes, je dirai qu’il s’agit d’un virus qui ne peut etre vu qu’au microscope électronique. Il a une forme particulière, celle d’un filament d’où son nom de filovirus. On distingue à l’heure actuelle cinq souches : Ébola Zaïre,  Ébola Soudan, Ébola Côte d’Ivoire,  Ébola Bundibugyo (Ouganda) et Ébola Reston (Philippines). Les souches Zaïre et Soudan étant les répandus et les plus virulents.
  • C’est un virus qui possède une enveloppe ce qui le rend très sensible au solvant lipidique comme le savon. Rn outre il est très sensible à l’eau de javel à 5%.
  • Autres particularités : Le virus a la faculté de se répliquer rapidement. Une semaine après le début des symptômes, il a déjà eu le temps de produire une grande quantité de particules virales qui envahissent le sang et les cellules du malade, notamment les cellules du système immunitaire (lymphocytes), les leucocytes et les plaquettes.  C’est cette invasion qui provoque le dysfonctionnement des organes vitaux en perturbant leur irrigation. Elle est aussi à l’origine des hémorragies internes.

Ø  Quels sont les signes évocateurs de cette maladie chez un sujet atteint ?

Grosso modo la maladie évolue en trois phases: Une période d’incubation qui dure en moyenne de 05 à 12 jours avec des extrêmes de 2 à 21 jours, habituellement silencieuse, une phase d’invasion ou début de la maladie avec apparition brutale d’une fièvre associée à des maux d tête, aux douleurs  musculaires, une très grande fatigue. Puis à la phase d’état, surviennent des vomissements, la diarrhée et des hémorragies discrètes ou diffuses.

Le diagnostic clinique de la maladie à Ébola se fonde sur trois types d’arguments

–        Arguments anamnestiques tels que la notion de séjour dans une zone d’endémie à Ébola, la notion de contact étroit avec un malade d’Ébola, de cadavres et/ou de contact avec l’entourage d’un malade

–        Arguments cliniques (fièvre d’installation brutale, asthénie massive, diarrhées vomissements éruptions cutanées et hémorragies

–        (se référer  à la définition du cas suspect)

–        La confirmation est apportée par le laboratoire)

Ø  mi 1D’autres maladies n’ont –elles pas des symptômes proches de ceux d’Ebola ?

Vous voulez parler du diagnostic différentiel de la maladie à virus Ébola.  Effectivement nombreuses affections  peuvent simuler la maladie à Ébola : influenza, paludisme, fièvre typhoïde etc.  Mais un interrogatoire bien conduit permettra  de suspecter cliniquement la maladie à Ebola. En cas de doute,  les examens de laboratoire confirmeront ou infirmeront les hypothèses diagnostiques.

Ø  Quels les différents modes de transmission de la maladie à Ebola ?

La transmission interhumaine est directe  par contact direct par les liquides organiques (sang, sperme, salive, , urines, sueur, selles) d’un individu contaminé, linges préalablement souillés. Le cadavre de malade mort d’Ébola reste très contagieux pendant longtemps.  A ce propos il faut dire que le cadavre est très contagieux

Ø  Certains animaux sauvages constituent le réceptacle de ce virus Ebola?

Sur le plan de l’éco épidémiologie les choses se passent de la façon suivante

La chauve-souris jouerait le rôle de « réservoir naturel  de virus. Certaines chauves-souris frugivores seraient porteuses du virus sans être malades. En entrant en contact avec d’autres animaux  (singes, chimpanzés antilopes de forêts), elles transmettraient alors le micro-organisme ;  Les humains chassent en forêt, et se font contaminer, (par exemple en « mangeant de la viande de brousse contaminée », ou en rencontrant les singes.). L’humain peut se contaminer directement à partir des chauves-souris.  La manipulation  ou la consommation des animaux sauvages morts ou vivants est une source de contamination

Ø

Le degré de contagion d’Homme à Homme, est-il assez élevé ?

  • La transmission interhumaine est extrême, c’est une maladie infectieuse aiguë très contagieuse.  Son apparition chez l’homme semble récente (premier cas recensé en 1976) bien que l’on retrouve chez certaines populations africaines des traces d’anticorps. C’est en 1976 en RDC que le virus Ebola a été identifié pour la première fois. Il avait alors causé une importante épidémie, tuant quelque 150 personnes. Depuis, il refait régulièrement surface essentiellement dans les pays africains, où le bilan des épidémies reste lourd.

Ø  L’évolution de cette maladie chez l’être humain, comment cela se fait-il ?

Il s’agit d’une infectieuse hautement létale chez l’homme essentiellement du fait de la diarrhée  et des vomissements, puis des troubles hémorragiques. Une réhydratation hydro-électrolytique (lutte contre la déshydratation grave qui entraîne de nombreux décès lors d’une épidémie d’Ebola)

Ø  Est-ce qu’on peut ne pas mourir d’Ebola ?

Spontanément c’est possible mais  plutôt rare je ne sais par quel miracle.  Mieux vaut consulter tôt pour une prise en charge rapide et adéquate. En cas de diagnostic rapide, il faut réhydrater le malade pour qu’il y ait une chance de survie. La réhydratation est un élément fondamental dans le traitement.

Ø  Un patient guéri est-il contagieux ?

Ca dépend : s’il est guéri totalement et définitivement (éradication totale du virus de l’organisme) il n’est plus contagieux. Pour ce qui est des  sujets de sexe masculin, même guéri il est recommandé de s’abstenir de tout rapport sexuel non protégé pendant 3mois au  moins voire proscrire tout rapport sexuel pendant  trois mois après guérison clinique. On a isolé des  liquides séminales d’un patient cliniquement guéri, 61 jours un virus Ebola infectieux.

–        Votre message aux populations par rapport à la rumeur  que crée cette maladie ?

A  l’endroit de la population

Je comprends leur inquiétude justifiée, je leur demanderai de ne pas céder à la panique mais de rester très vigilant et de déclarer avec la plus grande prudence tout cas suspect. Pour lutter efficacement contre ce fléau qui frappe à nos portez, sachons l’affronter en respectant  scrupuleusement les consignes du  Ministère de la santé ;  se laver fréquemment et régulièrement les mains avec de l’eau et du savon, éviter de consommer la viande sauvage

A l’intention des agents de santé

Appliquer rigoureusement les mesures de prévention des infections pour barrer la route non seulement à Ébola mais aux infections nosocomiales (lavage des mains, port des barrières de protection ; élimination correcte des déchets, traitement des instruments.

Service communication du CHU-YO




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