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Entre techniques et muscles : Le brancardage des patients en chirurgie générale du CHU Yalgado

Faire descendre les patients des ambulances et les installer dans les box d’urgences, transporter les patients en imagerie pour  les examens de radiologie ou scanner, sortir les patients du bloc opératoire pour installer sur leurs lits d’hospitalisation, transférer les patients dans d’autres services spécialisés après que l’urgence eut été levée, ou amener les corps à la morgue, etc….constituent entre autres tâches auxquelles sont commis les garçons de salle du service de la chirurgie générale et de l’unité des urgences viscérales du CHU Yalgado OUEDRAOGO

Pour accomplir ces différentes tâches, le service dispose de 06 équipes de 3 ou 4 personnes parmi lesquelles il y a toujours une fille de salle chargée de nettoyer les bureaux des médecins, du major et de la secrétaire. Le nettoyage des bc0salles, tables opératoires, des pinces et poubelles, etc…lui incombe également, en plus des différentes courses qu’elle doit faire pour disponibiliser par exemple du sang, l’eau de javel…..

Le travail quotidien de ces agents fait qu’ils sont au début et la fin du processus de production de soins. Eux-mêmes, ironisent en affirmant qu’ils sont des « des clés à molette», comprendre personnes à tout faire dans leur service. Sont-ils fiers de leur travail? La réponse est mitigée, mais pour Boureima Ouédraogo, il y a quand même de la satisfaction morale qu’il en tire parfois. En effet, soutient-il en substance, «si tu fais ton travail comme il se doit, les gens n’ont pas le choix que de te respecter».

Mais ceci n’est pas toujours évident, dans un contexte où ils sont quelques fois amenés à exécuter plusieurs tâches à la fois du fait des urgences qui arrivent sans cesse, et surtout si l’on ne dispose pas régulièrement de tout le nécessaire. «Des fois, tu peux amener un malade en Radiologie, mais l’état du malade est tel que tu es obligé de rester auprès lui qu’on l’on finisse l’examen avant de le ramener. En ce moment, ton collègue t’attend pour que tu reviennes l’aider à descendre un malade de l’étage . Souvent, c’est la chaise roulante que ton coéquipier attend que tu lui ramène rapidement », explique Maïga Lamine. Ainsi, naissent une sorte de compétitions autour des chaises roulantes, des brancards et civières. «Chacun de nous sait où cacher son matériel, sinon nos collègue d’autres services peuvent venir te piquer ça et disparaitre avec, tu seras obligé de faire tout le tour des services pour le dénicher», ajoute un brin malicieux Maïga.

Dans l’exécution des tâches de brancardage, il serait illusoire de penser que tout est affaire de force physique. Il faut une bonne dose de techniques d’autant qu’on ne brancarde pas de la même manière un patient qui vient de subir une bc-1chirurgie digestive qu’un blessé des membres inférieurs. Par exemple, pour une femme ayant subi une intervention chirurgicale, et qui est de forte corpulence, «nous utilisons un pagne sur lequel elle se couche, et d’un geste cordonné à trois, dont deux personnes tiennent la patiente au niveau de la tête et de l’épaule du patiente et la troisième  ses pied, on la soulève mettre sur le brancard», détaille Isidore Kaboré, qui a eu à faire à servir dans plusieurs services du CHU-YO. Mais dans le cas d’un patient ayant une fracture ouverte, il faut un garçon de salle qui tracte le pied pendant qu’un autre le soulève le patient pour le mettre sur la civière. Sans cette technique de traction, qui consiste à soulever la jambe en la maintenant raide et immobile, «on peut aggraver le mal du malade, ou détruire le travail que le chirurgien a fait», commente Maïga avec démonstration simulation sur son collègue. Mais des fois, en plus de la technique il faut avoir de la force. Le fait de transporter une patiente de plus de 90 kg du rez de chaussée au 2è étage sur civière demande quand même un effort musculaire. Et quand la force en vient à faire défaut, l’appui des accompagnateurs est demandé pour qu’à trois le transfert du malade se fasse sans accroc.

Mais qu’en est-il des relations  entre les accompagnateurs et les brancardiers? Si globalement, les agents avouent que tout ce passe bien, il reste qu’ils doivent souvent affronter la colère de certains  accompagnateurs, notamment en ce qui concerne le respect des règles de l’établissement. «Une fois, un monsieur a sorti son arme pour nous menacer parce qu’il ne tenait pas à ce que le corps de son parent transite par la morgue pour les formalités, comme cela est exigé», se souvient Boureima.

bc2Outre des menaces, ces agents-là peuvent être confrontés à des situations mystiques. Un brancardier raconte comment le corps d’un chef de terre a bloqué son chariot alors qu’on tentait de l’amener à la morgue. Et il a fallu qu’un parent du défunt vienne du village, prononcer des incantations, porter au défunt son chapeau et changer sa position en mettant ses pieds devant, avant que le chariot ne puisse bouger.

Plus que des situations mystiques, les brancardiers côtoient souvent la frayeur et prennent leurs talons au coup. Un brancardier témoin d’une scène effrayante raconte qu’a la suite du décès d’un patient une nuit, «l’accompagnateur m’a suivi pour le dépôt du corps à la morgue. Mais dans leurs traditions, il faut toujours la présence de quelqu’un auprès du corps. Chose que nous ne savions pas» Arrivée à la morgue et après avoir fait l’enregistrement par le gardien, le brancardier est ressorti. Mais le parent du défunt, lui, sans qu’on ne sache est rentré s’asseoir près de son défunt, au milieu donc de bien d’autres cadavres. Le gardien des lieux est même venu refermer la porte et éteindre les lumières, sans savoir qu’il y avait un «vivant» dedans. Vers les 02 heures du matin, un autre brancardier suivi des gens a amené un corps. On a fait appel au gardien qui venu pour ouvrir la porte. Dès que le «vivant» a entendu les bruits de la clé dans la serrure, il s’est levé s’approcher de la porte croyant que ce sont ses parents qui venaient. Quand la porte fut ouverte, et que le «vivant» a été aperçu debout, ce fut la débandade générale: le gardien, le brancardier et ceux qui le suivaient, chacun croyait qu’un cadavre s’était réveillé. Le «vivant» aussi ne sachant pas pourquoi les gens se mettent à courir, s’est mis à détaler en direction des fuyards. «Cette nuit-là, je ne pense pas qu’il y ait eu un vigile à son poste, car la rumeur disait qu’un cadavre s’était réveillé et se promenait dans la cour de l’ hôpital », relate notre brancardier.

 

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